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le Professeur Mangemanche

++++++++++++++++++++++ 3 récits sur ce blog : - Les vertiges sahariens, poussés lors d'un voyage jusqu'à Agadez par un quarteron de Yamaha 500 XT en 1983. - Le désert d'Exopotamie sillonné en moto en 1989 avec Christian, dans le but d'aller manger un cassoulet à l'ermitage du Père de Foucault. - Une ballade en moto dans le Mercantour en 2007. ++++++++++++++++++++++ Moto, patates, sable & cassoulet : pas de quoi remplir la vie d'un honnête homme, tout juste son estomac, ses chaussettes et son garage. Mais c'est déjà ça. ++++++++++++++++++++++ CLIQUEZ SUR LE TITRE DU BLOG POUR VOIR TOUS LES BILLETS. ++++++++++++++++++++++

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- Motocassoulet : Christian est mort.

Par le Professeur Mangemanche :: 08/06/2009 à 16:51
Christian est mort vendredi 5 juin des suites de son accident de vélo.
Grande tristesse.

- Motocassoulet : Christian entre la vie et la mort.

Par le Professeur Mangemanche :: 06/06/2009 à 22:24
Christian vient de chuter en vélo, sur une petite route de l'Ardèche (mercredi 3 juin). Son état est très grave ("le pronostic vital est engagé"). J'aimerais le retrouver le plus vite possible pour partager une boîte de cassoulet (la Belle Chaurienne), avec un petit verre de whisky, pour écouter avec lui Bashung et Pascal Comelade, pour pratiquer avec lui un lancer parabolique de bananes explosives, malgré le vent. Pour le voir faire des rectangles sur le Votan pendant l'EP GRE 20.

- Premier vertige saharien.

Par le Professeur Mangemanche :: 13/01/2009 à 18:25

J'allas deux multiples fois dans le Sahara, motocyclettement et au prix répété d'une intense satisfaction. J'aurais pu visiter le désert des Agriates ou celui de Gobi, le désert de Mojab ou celui du Sinaï. Non, c'était le Sahara !
J'ai vécu ma jeunesse au bord du Rhône, au sortir du défilé de l'Hermitage, et je n'ai longtemps connu de direction que celle, du nord au sud, que le Rhône impose au paysage. Je n'ai appris que le nord, qui pendant des mois d'affilée nous crachait le Mistral, et le sud qui souvent vomissait des averses de sable.
Je doncques choisis de voyager dans le carcan de mon fuseau horaire, et, de Portmahomak à Agadez, ne m'égarai point dans de sinistres longitudes.
De ces voyages me poussèrent plusieurs vertiges, comme l'escarre au sédentaire.


Ô, vertige saharien de la linéarité ! Vertige de la Transsaharienne, cette voie capillaire par où les effluves de la Méditerranée s’infiltrent doucement jusqu’au cœur du Sahara ! Vertige unidimensionnellement spatial et temporel ! Ou plutôt spatialement et temporellement unidimensionnel, mais c'est moins joli !

Entre Annaba et Agadez, après mer d'eau la mer de sable. Sur cette mer une frêle passerelle, longue de 2000 kilomètres, essaie de ne pas se laisser submerger par les flots envahissants du sable poussé par le vent, de ne pas se laisser briser par les roues des camions. Bien sûr on peut délaisser cette passerelle de bitume crevassé et rouler à proximité, ou plus loin, évitant ainsi les nids-de-poule, contournant quelque relief. Mais on risque à tout instant de tomber dans le piège d'un obstacle mal apprécié, d'une zone de sable plus mou déviant soudain la moto vers un champ de roches, ou la freinant puis l'arrêtant... Nous préférons suivre la piste goudronnée – nous savons qu'elle l'est jusqu'à environ 100 km au sud de Tamanrasset, mais nous ignorons alors ses lacunes plurikilométriques.

Tout au long de cette route transsaharienne, nous rencontrerons souvent les mêmes personnes, voguant sur cette mer de sable à une vitesse proche de la nôtre. Le hasard des bivouacs et des pauses le long de la piste fait que tous les jours, les uns dépassent les autres, et que nous finissons par nous reconnaître, nous saluer par un geste de plus en plus familier.

Premier épisode : la crevaison.

Préposé au culte du souvenir (on m'a prêté un réflex Canon du meilleur goût), j'accélère souvent mon allure pour précèder mes covoyageurs de quelques hectomètres, souvent m'éloigner un peu de la piste, puis m'arrêter pour les photographier. Et plus d'une fois je roule sur un épineux qui perfore un pneu. Ma première crevaison se produit au sud d'In Salah. Pour pouvoir démonter ma roue avant, nous soulevons la moto et appuyons le sabot de protection du moteur sur un jerrycan d'essence. L'attitude de détresse que prend illico la moto attire l'attention d'un automobiliste de passage, qui, au volant de sa Peugeot 504 blanche, nous propose son aide, puis, ému par notre refus poli, deux canettes de bière conservées dans la fraîcheur d'un chiffon mouillé. Il vient de France, et va vendre quelque part en Afrique sa 504, à un prix lui payant le voyage et quelques mois de dépenses courantes.

Deuxième épisode : la voiture à l'horizon.

Entre Tamanrasset et Arlit, au Niger, il est déconseillé de voyager seul : après une centaine de kilomètres vaguement goudronnés, ce sont cinq cents kilomètres de pistes, parfois non balisées. Des groupes se forment selon d’étranges lois. Une Renault 4, chargée de 4 Pères Blancs (célèbres pour leur Pierre Noire) à l’intérieur et de 4 jerrycans d’essence sur le toit, pose problème : elle est trop lourde pour traverser les nombreux passages de sable mou. Le groupe s’arrête pour décharger, alléger, creuser, désabler, pousser. A l’horizon, en contrebas dans la plaine, loin de la piste, une 504 blanche à vive allure trace une fine ligne dans le sable.

Troisième épisode : le rizotto.

Après avoir patienté quelques heures devant les douaniers algériens d’In Guezzam, faisant une sieste ostentatoire devant les véhicules s’accumulant au poste frontière, on subit un contrôle sommaire, puis on peut partir vers le Niger. Quand nous arrivons au poste de douane nigérien d'Assamakka, les bureaux sont fermés. Des dizaines de véhicules y attendent le matin, c'est un vaste bivouac joyeusement animé.

Nous sympathisons avec un navigateur errant du désert, parcourant le Sahara depuis plusieurs années, au gré des voyageurs voulant bien lui offrir une place. Il nous présente ses nouveaux amis italiens, étudiants venant passer deux semaines dans le désert. Ceux-ci nous proposent pour la soirée un véritable rizotto italien. Ils nous expliquent qu’ils ont rencontré un habitué des pistes leur ayant proposé de suivre sa 504 : il connaissait des pistes plus directes pour rejoindre le Niger. Il l’ont suivi jusqu’à ce que la 504 décolle sur une dune pour s’écraser sur la dune suivante. Leur 505 break s’est simplement écrasée sur le coffre de la 504. Ils ne savent pas comment ils vont rentrer chez eux. Leur rizotto est mémorable.

Quatrizième épisode : le chimiste suisse, le garagiste grec d'Aubenas.

D'Assamaka à Arlit (première ville du Niger), presque 200 km de pistes mornes, où je me permets de rouler 500 mètres les yeux fermés, tellement est faible la probabilité de rencontrer une solution de la platitude hypnotique qui nous baigne. A posteriori, je regrette pour l'Histoire de ne pas avoir gardé les yeux fermés quelques minutes de plus.

Arlit est signalée par d'impressionnants mirages soulignant les mines d'uranium. Nous nous installons au camping, situé à quelques hectomètres de la ville. Au petit déjeuner, nous discutons avec nos voisins de table : un chimiste suisse, chef de service dans une grande entreprise pharmaceutique, qui venait de prendre sa retraite à 35 ans et parcourait l'Afrique en moto, au volant de sa BMW 850 GS ; un automobiliste et garagiste d'Aubenas, grec et néanmoins ardéchois. Le Grec ardéchois demande tout à coup au motocycliste suisse s'il n'était pas, quelques jours auparavant, dans un restaurant de Tamanrasset, où il aurait pu assister à sa discussion avec un camionneur français, assisté d'un copilote algérien, en vue du chargement de sa voiture sur le camion pour le parcours des 650 km de pistes séparant Tamanrasset d'Arlit. Le chimiste opinant du chef de service, l'automobiliste albenassien explique sa situation, et très vite la totalité des petits-déjeunistes l'écoute intensément : dans ce restaurant de Tamanrasset, le Grec garagiste avait demandé au camionneur de charger sa voiture sur le camion-benne, moyennant une petite somme d'argent. Marché conclu, la voiture dans le camion, le garagiste d'Aubenas s'était vite rendu compte qu'il était pris en otage par le camionneur: celui-ci, le menaçant de se plaindre à la police qu'il ne voulait pas le payer pour le service, lui extorquait de l'argent pour de nombreux prétextes. L'assistant algérien, dégoûté, s'était envolé en route. Le camion était arrivé malade à Arlit : le garagiste avait eu la bonne idée de commencer à démonter le moteur pour le réparer. Le camionneur, aux goûts de luxe, laissait son camion au camping, mais logeait en ville, dans un hôtel.

Le public, conquis, promet son aide et échafaude un plan.

Cinquième épisode : une action matinale.

Le lendemain, dès 6 heures, des bastaings soutenus par des fûts forment à l'arrière du camion une double rampe, sur laquelle recule, libérée, la voiture du garagiste (grec d'Aubenas).

Sixième épisode : le camion à Agadez.

Après quelques jours passés dans un village de brousse où une organisation (philanthropique ?) scolarise des enfants touareg, nous arrivons à Agadez. Nous y passons deux après-midi avec les Forgerons d'Agadez, artisans fabriquant des bijoux traditionnels, accroupis dans le sable sous un hangar, en s'inspirant d'un magnifique catalogue du musée de Niamey.

Dans la rue principale d'Agadez, nous nous écartons pour laisser passer, roulant vers le sud, un camion-benne transportant une 504 blanche dont l'avant a été manifestement enfoncé dans une dune, et l'arrière défoncé par une 505 italienne.

- Deuxième vertige saharien – un âne plane.

Par le Professeur Mangemanche :: 13/01/2009 à 18:23

J'allas deux multiples fois dans le Sahara, motocyclettement et au prix répété d'une intense satisfaction. J'aurais pu visiter le désert des Agriates ou celui de Gobi, le désert de Mojab ou celui du Sinaï. Non, c'était le Sahara !
J'ai vécu ma jeunesse au bord du Rhône, au sortir du défilé de l'Hermitage, et je n'ai longtemps connu de direction que celle, du nord au sud, que le Rhône impose au paysage. Je n'ai appris que le nord, qui pendant des mois d'affilée nous crachait le Mistral, et le sud qui souvent vomissait des averses de sable.
Je doncques choisis de voyager dans le carcan de mon fuseau horaire, et, de Portmahomak à Agadez, ne m'égarai point dans de sinistres longitudes.
De ces voyages me poussèrent plusieurs vertiges, comme l'escarre au sédentaire.


Deuxième vertige – un âne plane.

C'est le premier jour de notre retour du Niger vers la France. D'Arlit, nous devons parcourir 200 km jusqu'au poste frontière d'Assamaka, puis encore 400 jusqu'à Tamanrasset. Sur ces 600 km, 500 environ ne sont pas goudronnés. Le balisage est parfois manquant, et il faudra alors prendre garde à ne pas suivre des traces de pneus qui ne vont pas là où nous voulons aller ! Sans entraînement, il est très difficile de déduire de l'examen d'une trace de pneu la destination du véhicule.

À la sortie d'Arlit, il nous faut prendre la direction nord-ouest. De très nombreuses traces de pneus rayent la piste à perte de vue, nous nous écartons un peu de leurs ornières pour diminuer le risque de chute. Bientôt, il ne reste plus que très peu de traces, puis plus du tout ! Nous sommes allés trop au nord, il nous faut arrondir notre trajectoire vers le sud pour rejoindre la piste. Ce que nous faisons. Bientôt, il nous apparaît que nous avions dû dériver vers le nord beaucoup plus que prévu, et nous nous dirigeons alors plein sud pour retrouver la piste le plus vite possible. Les heures et les kilomètres défilent, il devient évident que nous sommes perdus. Nous nous décidons pour la solution la plus raisonnable de retourner jusqu'à Arlit en suivant nos traces. Le paysage est morne : du sable et des cailloux entre lesquels nous louvoyons. Le relief est peu marqué, rien qui ne mérite le nom de colline ou de dune, à peine quelques buttes. Aucune trace de vie à perte de vue, si ce n'est, très rarement, quelques brindilles desséchées qu'on a du mal à croire encore vivantes. Et peu à peu se lève un léger vent, qui balaye doucement nos traces et commence à les recouvrir. Nous accélérons notre allure. Je pense à ces récits de voyageurs perdus dans le désert et qu'on retrouve un jour, secs à l'ombre de leur voiture. C'est ce qui risque de nous arriver. Il ne faut pas céder à la peur et risquer une chute, la situation est assez grave comme ça !

Et soudain, au détour d'une butte rare, au milieu de la caillasse et du sable, un âne vertigineux de solitude cesse un instant de brouter son abolie brindille d'inanité nutritive, tranquillement nous regarde passer, puis se replonge dans sa tâche. J'ignore mon rétroviseur tellement je suis sûr que l'âne a déjà disparu.

À ce jour, personne n'a encore découvert nos cadavres, la raison principale en étant que nous sommes arrivés en fin d'après-midi à Arlit - où nous avons noyé notre émotion dans des litres d'une excellente bière brune nigérienne.

- 4 jours en moto dans le Mercantour - Deuxième journée.

Par le Professeur Mangemanche :: 11/11/2007 à 21:23
Je me souviens cet été... Le Mercantour... Je crois y avoir passé quelques heures.
Un premier jour, voyage puis manoeuvres d'approche.
Le restaurant, puis la plantation de la tente.

Premier matin.
Au réveil, mon dos me chatouille. Je suis ankylosé... Au bout de quelques minutes, il ne fait plus de doute que l'ankylosure est en réalité une variété locale de lumbago : je ne supporte pas la position debout, à peine la position couchée, un peu la position assise.
Après avoir pris mon petit déjeuner et ma douche couché, j'ai revêtu avec difficulté ma panoplie de motocycliste, et, d'une démarche de nonagénaire, je me suis approché de la moto, que j'ai miraculeusement réussi à chevaucher puis à déplacer.

Interruption temporaire de ce rapport, qui sera repris dans un futur probablement proche.

- Motocassoulet 0004. La mer - Tunis - Mahdia.

Par le Professeur Mangemanche :: 28/10/2007 à 20:53
Avertissement au lectrice : ceci est le récit d'un voyage en moto dans le  Hoggar  en  1989.  Hormis les préparatifs, dont l'écriture est postérieure au voyage, les lignes qui suivent ont été rédigées pendant icelui. Je n'ai pas d'autre prétention que celle d'avoir voulu m'amuser un peu en satisfaisant les personnes qui me questionneraient sur ce voyage : alors, le Sahara ? Beau temps ? Pas trop de pluie ? Le style est souvent digne d'une farce de collégien : je n'ai pas voulu le retoucher, sans craindre le ridicule, par  flemme mais en prétextant l'honnêteté. Ceux que ce style irrite devraient lire  "La chambre de la Stella", de Jean-Baptiste Harang (Prix du Livre Inter 2006). C'est beaucoup mieux.

23 février.

Prologue : la nuit.

Depuis l’aube de l’humanité, les philosophes s’accordent à penser qu’une nuit dans un local exigu, dont l’air à peine renouvelé est le siège d’une agitation moléculaire qui repousserait jusqu’au trente-cinquième degré un hypothétique mercure, dont les parois sont secouées de vibrations périodiques de fréquence et d’amplitude stochastiquement variables, dont l’ambiance sonore est égayée de cris aux consonances arabisantes et du chant des vomissements poliment étouffés, et si parfaitement articulé qu’on y peut lire à l’envers le menu du dîner, les philosophes l’ont dit et on les croit : une telle nuit est une nuit sans sommeil. Pourtant, ardents et décidés, et faisant preuve d’une énergie insoupçonnée par ceux qui croient nous connaître, nous avons dormi de longues heures.

Logue : le débarquement.

Au premier regard, la Tunisie est un pays au sol bétonné, parcouru de longues allées où des véhicules automobiles surchargés jusqu’à la limite de l’entendement humain s’alignent et se déchargent en totalité sous l’œil professionnel de douaniers débonnaires. Après la fouille de l’amoncellement de bagages, ceux-ci, d’un geste bienveillant, signifient aux automobilistes que la visite de leur véhicule est terminée et que le remontage pourra s’effectuer en sens inverse du démontage. Entre les allées se blottissent de coquets guichets où il faut faire la queue, pour s’entendre dire par le préposé une quelconque des phrases suivantes :

·      allez à l’autre guichet ;

·      demandez à l’inspecteur ;

·      il vous manque le cachet du douanier avant mon cachet ;

·      je vous ai déjà dit que ce n’est pas ce guichet ;

·      allez-y... non, il vous manque le cachet de la moto ;

·      allez voir le douanier là-bas. Ah, c’est lui qui vous envoie ? allez voir l’autre guichet là-bas, avec la queue.

Le douanier là-bas, penaud du spectacle qu’il nous offre de son pays, nous ayant dit de filer, nous filons à la conquête de la Tunisie qui ne nous attendait pas.

Mon pneu arrière, dégonflé depuis la veille, reçoit avec un contentement évident les 53% de mousse restant dans la bombe anti-crevaison, en même temps que son regonflage soudain anime d’un mouvement de rotation ascendante autour de sa béquille ma puissante motocyclette, ce qui me fait craindre un instant un retournement sur le flanc.

Nous entamons notre progression sur le sol semi-plan de ce beau pays qu’est la Tunisie. Un paysage de type industriel mal coordonné nous présente ses terrains vagues, ses hangars rouillés, ses troupeaux de moutons, ses mendiants. Après quinze kilomètres d’une autoroute simpliste, nous pénétrons la capitale.

Les rues sont envahies de piétons aux trajectoires désordonnées, de véhicules automobiles louvoyant et klaxonnant par principe, de cyclomotoristes ignorant les concepts pourtant simples de « stop » et de « sens interdit ».

Une triste boutique d’artisan réparateur de pneus nous accueille d’un verre de Coca Cola et de la promesse de remplacer ma chambre à air. Pendant l’opération, un couple d’autochtones motocyclistes vient deviser, l’un d’eux se présentant comme champion de Tunisie de moto-cross et très fier du radiateur d’huile grossièrement fixé sous le phare de sa moto. Ils profitent de notre impardonnable inattention pour s’enfuir avec mes gants, qui heureusement étaient vraiment très sales. L’artisan réparateur est désolé. Il me rassure en me disant que j’aurais pu tomber plus mal, par exemple chez un réparateur qui aurait entraîné ma puissante motocyclette au fin fond de son atelier, et le sous-entendu qui prolonge sa phrase d’un silence menaçant me laisse imaginer les pires catastrophes.

 

Logue : la route vers Mahdia.

Le paysage évoque étrangement le  sud de la France, et justement nous sommes au sud de la France. Ce qui est étrange, c’est qu’il n’est pas tout à fait identique. Étranges, ces alignements de cyprès, d’oliviers, de bosses sur la route. Nous dépassons un panneau indiquant Magon, dont sur bateau bûmes le vin. La lettre G semble être en Tunisie un outil de camouflage : le magon n’est pas le mâcon, et le château mornag n’est pas le château mornay (Qui a d’ailleurs peu de chances d’exister).

D’un point de vue purement automobilistique et circulatoire, la Tunisie ressemble à la France, mais s’en distingue quantitativement : on y rencontre beaucoup plus de chauffards doublant dangereusement, ou déboîtant alors qu’on les double. Beaucoup plus de crevaisons et de pneus éclatés, et de voitures en panne. Sur une 404 pick-up, deux vaches se laissent transporter paisiblement. En France, une seule suffirait.

À l’approche des villes, les piétons envahissent la route, car les bas-côtés poussiéreux n’ont pas la propreté du goudron, et les travailleurs regagnant leur logis marchent côte à côte, six de front et la conscience tranquille.

Les villages se distinguent de ceux auxquels nous autres Français nous sommes habitués par quelques traits marquants : les larges bas-côtés sablonneux sont envahis par les voitures en réparation, la ferronnerie en construction, la maçonnerie en attente de maçonnage. Les maisons sont mal finies, ferraillages dépassant, non crépies, nombreuses constructions en brique creuse inachevées, trouées, ébréchées. Des individus se groupent, individuellement ou à plusieurs, mais en nombre généralement élevé. L’impression qui s’en dégage est celle d’un monde dont le dieu, au soir du cinquième jour, se serait souvenu de la semaine anglaise.

 

Logue : Sousse.

Ville grande et laide. Le littoral copie bêtement la Côte d’Azur, et les pompistes y négligent de rendre la monnaie.

 

Logue : Mahdia.

Étrange : une ville moins désordonnée que les autres, et pourtant typiquement pas de chez nous. Vaste port de pêche, dont nous vîmes maints hangars et point bateau. Un bistrot, comme on peut en voir sur la côte du Languedoc, nous accueille et nous restaure gentiment.

L’hôtel El Mehdi nous héberge à l’européenne, hauts plafonds, petit balcon, jardin boisé pisciné terrassé illuminé, douche, eau chaude. Nous entamons la bouteille de 1125 cm3 de Johnny Walker achetée sur le bateau. La nuit nous promet à voix basse d’être reposante.



 

- 4 jours en moto dans le Mercantour - Prezième journée (précédée plus haut par la zéroïème).

Par le Professeur Mangemanche :: 22/09/2007 à 10:59
1 - Première journée : Ancône - Saint-Sauveur-sur-Tinée. 

1.1 - Où l'on voit que nous n'hésitons pas à utiliser les moyens modernes de déplacement, et d'autres.

Vue l'heure inexpliquablement tardive à laquelle nous partons, il nous faut prendre l'autoroute, que nous rendrons plus tard.
Soudain, car nous approchons Saint-Maximin, l'horizon s'assombrit : l'autoroute a manifestement été construite en direction d'un bloc de nuages dont la couleur, noir sombre, empêche de distinguer la nature. Je crois discerner des cumulo-merdus. Nous hésitons entre une redéfinition en temps réel de notre stratégie, exercice délicat dans le département du Var, et une modification tactique mineure. En stratèges éclairés, poussés par l'obscurité grandissante, nous choisissons la deuxième solution. Notre trajectoire, que nous n'avons pas la folie de vouloir quitter, s'infléchit vers la droite : nous allons contourner les nuages par le sud. Nous traversons un massif non répertorié, entre celui de la Sainte Baume et celui des Maures, et manifestement très proche géologiquement, formé en même temps qu'eux à vingt ans près, au maximum. Après quelques kilomètres sur une chaussée souvent mouillée, nous voyons le ciel s'éclaircir à la limite du raisonnable. Premier arrêt-bistro à Méounes-les-Montrieux (voir sur http://www.provenceweb.fr/, Méounes, photo 14/15).
Ensuite, petit tour le long de la côte, de Toulon à Sainte-Maxime. Pendant 80 km, l'intensité de la circulation empêche à peine d'apprécier la beauté du paysage. Nous filons plein nord pour retrouver l’autoroute : notre bain de Côte d’Azur nous aura pris quelques heures, il est l’heure à laquelle j’envisageais notre première balade après plantation de la tente ! De Sainte-Maxime au Muy, les files d'automobilistes voulant se distinguer du commun avec leur 4x4 de luxe sont réellement caricaturales. Comme disait mon ami Jacques, de Chantemerle, il y a bien trente ans, « pour me distinguer, je cherche à ressembler à tout le monde ». Jacques, je ne crois pas que ce soient tes termes, merci de me les rappeler si tu t’en souviens toi-même.

1.2 - Intermède.

Du Muy à Châteauneuf-Grasse, autoroute et voie express laide. Un flash après Fréjus : je reconnais le paysage en compagnie duquel j’avais passé tout une internette matinée après qu’au détour d’une vague mon surf s’était aventuré vers le barrage de Malpasset. A la manière d’un secret de famille qu’on n’évoque jamais ouvertement, je traînais ce nom avec moi depuis l’âge de trois ans sans bien savoir ce qu’il recouvrait. Mes parents avaient dû en parler sans que je comprenne ce qui s’était passé (un enfant de trois ans sait-il ce qu’est un barrage, une catastrophe, la mort de 400 personnes et de 1 000 moutons, la perte surtout de 80 000 hectolitres de vin ?). Bref, j’y étais, ou pas loin, émotion vite étouffée car la conduite d’une motocyclette en milieu hostile nécessite une forte attention et on a tôt fait de ressentir les effets néfastes d’une énergie cinétique mal maîtrisée.

Châteauneuf-Grasse, puis le Bar-sur-Loup, Tourrettes-sur-Loup, Vence : voilà ce pour quoi nous faisons cette balade - parcourir le monde, voir de magnifiques paysages. Quelle banalité !

« C’est à Saint-Paul de Vence que j’ai connu André Verdet »… J’ai le sentiment d’avoir toujours connu cette phrase qui ouvrait un livre de Prévert et Paul Verdet intitulé « C’est à Saint-Paul de Vence ». Saint-Paul de Vence est à seulement 3,5 km de Vence, mais le temps presse, la visite sera pour un autre jour.

Nous remontons plein nord la vallée du Var, puis celle de la Tinée, jusqu'à Saint-Sauveur-de-Tinée (San Salvador).

1.3 – Tiens, le soir tombe.

Il est 20 h 10, nous réservons 2 places assises au restaurant du coin puis nous allons planter la tente. Au camping, j’arrête la moto (normal), puis je la laisse glisser sur le côté (pas normal). Martine me demande ce qu’elle doit faire – j’hésite, je ne sais pas bien où elle est – une campeuse accourt, commence à retenir la moto par le top-case – je glapis poliment qu’y faut pas – je retiens la moto par la poignée réservée à cet usage – je me concentre (environ 300 kg, ça demande de la concentration) – je me concentre, il faut que mes forces soient démultipliées par un bras de levier mental – soudain la moto s’élève et manque de s’écraser de l’autre côté selon le principe de la crêpe – mes vertèbres, soudainement soulagées, se retrouvent sans appui ni haut ni bas, en l’air, telles des ressorts de soupapes qui s’affolent - je me déconcentre et je remercie celui qui vient de saisir et de lever le guidon sans que je le voie.
Les campeurs sont livrés à eux-mêmes par un gérant escampé en fin de journée. Les immenses espaces vides du camping nous rassurent : nous n'aurons pas de difficulté à trouver une place ce soir en sortant du restaurant.

Flash-(bar)back : considérations sur le faux-filet aux sanguins et le cinéma expressionniste allemand.
Le week-end du 14 juillet 1992, au volant d'une 660 XT Ténéré chargée des habituels tubercules, je m'arrête devant ce restaurant de Saint-Sauveur-sur-Tinée. C'est notre période de grands et mémorables week-ends à moto à travers les Alpes, l'Auvergne, les Cévennes, avec ses événements marquants, souvent plus symboliques que réellement importants...  Ce jour-là, les Alpes sont sublimes, de même que le faux-filet aux sanguins. Face au restaurant, nous surplombant de façon narquoise et inquiétante, le village de Roure s'accroche en haut de la montagne abrupte, comme d'autres nombreux villages du Mercantour. Tel un Copain défiant Ambert et Issoire, finissant mon camembert en rêvant de baignoire, je, ainsi que Martine, me promettons d'aller inspecter Roure en vue de représailles. Une heure plus tard, nous parcourons au ralenti une longue rue bordée de maisons décrépites. Nous approchons d'une vieille femme, courbée par les carreaux gris et bleus de sa vieille robe, et qui cahote devant nous. A notre passage, retournant d'un mouvement raide son torse tors et voûté, elle nous fixe d'un oeil torve et noir où l'on peut lire toute la méchanceté du monde, et qui évoque les personnages les plus maléfiques et inquiétants du cinéma expressionniste allemand des années 20, vision surnaturelle ! Nous filons !


Août 2007 :
- Y vous reste du faux-filet aux sanguins ?
- N'en a jamais fait ! Y a du magret.

Notre monde laisse tristement filer sa magie.

De retour au camping, montage de tente dans l'obscurité puis dormage.

NB : en réalité, ce restaurant est très accueillant !

- 4 jours en moto dans le Mercantour - Zéroïème journée.

Par le Professeur Mangemanche :: 22/09/2007 à 10:58
Petite balade de 4 jours dans le Mercantour du 7 au 10 août 2007. Départ d'Ancône (Drôme).

Les protagonistes :
  • Martine, passagère homologuée. Diplôme de sac de patates, plusieurs centaines d'heures d'expérience.
  • Michel (c'est moi), habilité à la conduite des machins à moteur sur 2 roues depuis le 22 juin 1972.
  • Léo, 14 ans, participe à la réalisation du voyage par son absence.
  • La ménagerie : Julot (dit Juju), 38 kg ; Nana, 4,3 kg ; Buzz (dit Bubu), 3,1 kg. Egalement absents.
  • La moto : Yamaha FJR 1300, choisie au premier chef pour l'extrême délicatesse avec laquelle elle considère les fesses féminines.

0 - Préambule.

0.0 - Pourquoi ?
Ah !

0.1 - Précisions. Où l'on voit que nous ne sommes pas des parents indignes.
D'abord, nécessité de neutraliser Léo et la ménagerie pendant 4 jours : nous trouvons une nounou disponible de mardi à vendredi, heureuse de se retrouver dans notre palace. Léo supporte l'idée de la séparation, mais nous préférons ne rien dire aux animaux.

0.2 - Considérations sur l'hygrométrie.
Le motard ne gonfle pas à l'humidité, bien que l'humidité le gonfle. A partir de samedi, consultation fréquente de la météo européenne. Lundi soir, il appert qu'un seul lieu à moins de 1000 km de chez nous ne recevra pas de pluie durant les 4 jours : Nice. J'ai éliminé les lieux non standard, tels que les îles par exemple. A peine un coup d'oeil ! (juste cru entrevoir des nuages sur la Corse). La carte Michelin "Alpes-Maritimes" confirme notre intuition : de la haute vallée du Verdon à l'ouest à la vallée de la Roya à l'est, l'immense majorité des routes sont bordées de vert (sur la carte), ce qui indique un "parcours pittoresque" (terminologie michelinesque) sur le terrain.

0.3 - Préparatifs.
Répartition des tâches : je m'occupe de la moto, Martine des bagages : vêtements, provisions & matériel de cuisine, matériel de couchage & de protection contre les intempéries.

0.3.1 - De la moto.
La journée de lundi est consacrée au démontage du carénage pour accéder à divers éléments mécaniques, dont les vis de réglage des phares, trop hauts pour une moto fortement chargée. Le concepteur de la moto, aux dernières nouvelles, est maheureusement toujours en liberté. J'en profite pour recoller le carénage,  victime d'une chute sur la glace cet hiver. A 22 h 32, tout est remonté.

0.3.2 - Des bagages.
La journée de lundi est consacrée au farniente. Vers 10 h mardi, tout est prêt, il ne reste plus qu'à charger la bête. Martine, qui a l'habitude d'emplir le coffre de l'Espace pour un week-end en camping, rétice à changer de pratique. La moto dispose d'un volume de chargement d'environ 130 litres, répartis en 4 récipients. Le gros tas dans le salon est manifestement plus volumineux. A 11 h 30, la moto est chargée.

0.4 - Eh ben ?
Eh ben reste plus qu'à partir. J'avais prévu de choisir l'itinéraire en fonction de l'heure de départ et de la météo, avec casse-croûte au bord d'une rivière, ou au sommet d'une montagne... Itinéraire nord (Gap par la vallée de la Drôme ou de l'Eygues, Barcelonnette, col de la Bonette), ou plus au sud le Ventoux, ou le Luberon, puis Digne, les gorges du Verdon...
Notre choix : casse-croûte dans la cuisine, puis départ vers midi, direction l'autoroute.

- Motocassoulet 0003. Montélimar - La mer - Dieu.

Par le Professeur Mangemanche :: 22/09/2007 à 10:58
Avertissement au lectrice : ceci est le récit d'un voyage en moto dans le  Hoggar  en  1989.  Hormis les préparatifs, dont l'écriture est postérieure au voyage, les lignes qui suivent ont été rédigées pendant icelui. Je n'ai pas d'autre prétention que celle d'avoir voulu m'amuser un peu en satisfaisant les personnes qui me questionneraient sur ce voyage : alors, le Sahara ? Beau temps ? Pas trop de pluie ? Le style est souvent digne d'une farce de collégien : je n'ai pas voulu le retoucher, sans craindre le ridicule, par  flemme mais en prétextant l'honnêteté. Ceux que ce style irrite devraient lire  "Sortilèges", de Michel de Ghelderode. C'est beaucoup mieux.

Mercredi 22 février.

Départ de Montélimar à 5 heures 17.

Suite à des louvoiements d’amplitude croissante de ma motocyclette, avoisinant à la fin les deux pieds, escale technique sur l’autoroute. Une expertise rapide met en évidence une dégonflure  regrettable de ma roue arrière droite. Christian, que rien n’arrête, me fournit illico une bombe anti-crevaison, dont je transfère 47% du contenu dans l’organe malade, qui retrouve apparemment une franche santé. Mais arrivé au port de Marseille, je constate la perte totale d’air dans le pneu, ce qui nous oblige à prévoir dès l’arrivée à Tunis une intervention de l’assistance technique.

11 heures 40.

Achaisés sur le pont arrière du Habib, nous échangeons des points de vue sur l’angle droit et les émeus, avant que je prenne la plume d’une main perturbée par la trajectoire cylindro-hélicoïdale symétriquement au plan osculateur que les mouvements houleux du bateau lui impriment alternativement.

Beau temps brumeux, pas trop de pluie.

12 heures 54.

Assis dans le sens de la marche, je sens mon dos plaqué sur le dossier défoncé par une brusque accélération. Je m’inquiète, Christian me rassure :

Nous venons d’atteindre le sommet de la mer, et les machines, soulagées par la pente qui s’offre au bateau déchaîné, accélèrent brutalement leur allure.

Je ne lui réponds pas que cette accélération est compensée par celle de nos corps entraînés eux aussi dans cette chute folle vers les côtes africaines.

 

 13 heures 45

Le château Mornag (AOC tunisien, rosé, mis en bouteille par l’UCCV) était bon. Le repas est copieux (beaucoup d’arêtes dans le poisson). Les vibrations des moteurs accompagnent notre repas du doux tintement des couverts sur les tables et des faux plafonds sur leurs supports, en même temps que par un effet purement mécanique elles participent à notre digestion.

Nous buvons le café, entourés de Tunisiens. Certains ont l’air arabes, d’autres ont la mine réjouie des gais touristes Teutons repus, quoique crispés par l’absence de leurs Turcs familiers. Un déserveur, chargé de ranger les plateaux sales sur le chariot idoine, pousse la conscience professionnelle jusqu’à finir les gobelets de vin avant que de les coucher sur les plateaux souillés. Quel grand art !

l’horizon n’est pas aussi uniforme que ce que pourrait en dire le marin averti : le spectacle qui s’offre tout nu à nos yeux avides confirme les théories de Christian sur le relief maritime : de hautes dunes pélagiques viennent à l’horizon dissoudre la linéarité de l’interface air-eau, remettant en question les principes couramment acceptés de la statique des fluides occidentale, à moins que, comme Christian me le suggère en se parjurant, l’ordonnancement particulièrement hétéroclite des molécules de la vitre nous isolant de l’air extérieur dévie de façon tellement anarchique les rayons lumineux que nos regards fourvoyés voient une courbe là où l’horizon marin nous fournit des photons bêtement alignés.

Autour de nous, une tripotée de sémites s’agite sans imaginer que c’est leur civilisation qui a inventé le zéro, summum de l’abstraction. C’est le zéro qui distingue l’homme de l’animal et de la femme (quoique certaines femmes sont nulles).

 

16 heures 33.

Christian m’affirme que pour un chameau qui n’a pas bu depuis quatre jours, boire dix litres d’eau c’est comme pour nous autres humains boire une bière.

Je me demande sur quels critères il s’appuie pour affirmer cela aussi péremptoirement.

 

20 heures 52.

Vîmes, depuis précédence, commerçant tunisien direct de France où vécut lille puis paris, de Tunis dont parents à Jerba, où passe régulière période de vacance. Vaquait ce jour à une table autour de tasse où vibrait un liquide beigeâtre, quand l’interrompis dans sa touillante rêverie pour m’enquérir de sa connaissance éventuelle du jujubier, dont exemplaire marquant est réputé se contempler auprès Tozeur. La négativité de sa réponse m’enhardit à lui demander quelque explication relative à l’alphabet arabe.
Déplaçant ses tasse et accessoires ainsi que lui-même d’un mouvement décomposable en translations et rotations diverses, il vient s’asseoir auprès de nous de telle sorte que nous formons de nos centres de gravité un triangle isocèle dont je suis malgré moi le sommet remarquable. L’alphabet arabe ayant devant nous dévoilé une part de ses secrets, décidons qu’il est temps d’en finir : nous n’en saurons jamais assez. Abordons alors le Coran et l’Islam, où comprenons que le voleur à main décapitée ressent telle honte qu’il ne recommence pas, en application du principe selon lequel ce qui est difficile à faire d’une seule main est impossible à faire de deux moignons. Le malfaiteur trop efficace se retrouve en enfer, émasculé par pendaison de sa tête, car la prison l’ennuie. Le commerçant accepte que la société tue mais ne veut pas tuer de sa main, néanmoins affirmant avec conviction qu’on s’y à longue fait, et que c’est la première fois la plus dure, citant l’exemple d’un chauffeur de bus qui à ses heures perdues, fonctionnarisé bourreau, pend les malfrats. C’est du moins ce que nous avons compris.

- Motocassoulet 0002. Description de nos motocyclettes.

Par le Professeur Mangemanche :: 22/09/2007 à 10:57
Avertissement au lectrice : ceci est le récit d'un voyage en moto dans le  Hoggar  en  1989.  Hormis les préparatifs, dont l'écriture est postérieure au voyage, les lignes qui suivent ont été rédigées pendant icelui. Je n'ai pas d'autre prétention que celle d'avoir voulu m'amuser un peu en satisfaisant les personnes qui me questionneraient sur ce voyage : alors, le Sahara ? Beau temps ? Pas trop de pluie ? Le style est souvent digne d'une farce de collégien : je n'ai pas voulu le retoucher, sans craindre le ridicule, par flemme mais en prétextant l'honnêteté. Ceux que ce style irrite devraient lire  "Les années lumières", de Rezvani. C'est beaucoup mieux.

Description de nos motocyclettes par une méthode entièrement naturelle.

Au plus près du sol, des roues garnies de Michelin T 64 neufs, sauf mon antérieure qui par coquetterie a préféré conserver un T 61 à moitié usé. C’est moi qui ai monté le pneu arrière, et jusqu’au matin du départ je n’en suis pas peu fier.

Les roues sont rattachées aux cadres par l’intermédiaire d’éléments de suspension conçus, nous a-t-on expliqué, pour les pistes sahariennes, ce qui ne laisse pas de nous rassurer. Selles, phares, guidons équipés des commandes et instruments nécessaires, dont de superbes protège-leviers, et pour Christian d’une boussole indiquant aussi sa température, réservoirs aluminoplastiques, moteurs complets : nos motocyclettes sont apparemment d’anodines machines de série.

Christian a ficelé sur les flancs de son porte-bagages les deux jerrycans en plastique très souple, et l’a surmonté d’une mallette amovible Bottelin-Dumoulin d’une capacité d’environ 30 litres et contenant nos réserves de vivres, dont le ruban adhésif. Une ignoble sacoche masque la laideur du réservoir de type désert. Un sac à dos portatif et penché complète l’équipement. Je, pour ma part, en plus d’exceptionnelles poignées de guidon en mousse, dispose de mes deux jerrycans en tôle contenant outils, pharmacie, matériel de cuisine et diverses babioles d’intérêt général et de poids faible, mon sac à dos propre et tout étant amarré sur le porte-bagages. Une sacoche de réservoir en faux skaï, armée d’innombrables agrafes, et sentimentalement rescapée d’un voyage au Niger, protège le réservoir des météorites. Elle est plus belle que celle de Christian, mais je ne le lui ai pas dit.

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- Motocassoulet 0001. Montélimar, préparation du voyage.

Par le Professeur Mangemanche :: 22/09/2007 à 10:56


Avertissement au lectrice : ceci est le récit d'un voyage en moto dans le  Hoggar  en  1989.  Hormis les préparatifs, dont l'écriture est postérieure au voyage, les lignes qui suivent ont été rédigées pendant icelui. Je n'ai pas d'autre prétention que celle d'avoir voulu m'amuser un peu en satisfaisant les personnes qui me questionneraient sur ce voyage : alors, le Sahara ? Beau temps ? Pas trop de pluie ? Le style est souvent digne d'une farce de collégien : je n'ai pas voulu le retoucher, sans craindre le ridicule, par flemme mais en prétextant l'honnêteté. Ceux que ce style irrite devraient lire  "Les ruines circulaires", de Borges. C'est beaucoup mieux.

Novembre 1988.

On se croirait en hiver dans les rues de Montélimar et sa région. Christian et moi, confortablement attablés aux commandes de notre grosse machine à tarauder les nuages, refusons l’univers glacial qui nous est offert. Quoi ? Sous le seul prétexte que l’énergie cinétique des molécules aériennes qui nous entourent est trop faible, il faudrait pour de longs mois couvrir nos corps musclés d’une pelisse ? Le 34 au soir, nous savons que le Sahara nous réchauffera cet hiver.

Comment faire part de cette nouvelle à nos proches ? Aurons-nous le courage de leur annoncer que notre condition d’êtres humains sur la troisième planète, par 44 degrés et 39 minutes de latitude Nord (sans compter une longitude de 4 degrés et 46 minutes, vers l’Est toutefois), nous insupporte, aurons-nous le courage de leur annoncer que nous voulons quitter ce monde parce que nous sommes trop faibles ? Non, parce que nous sommes trop faibles et que nous n’en aurons pas le courage. Mais Christian, dont l’hypocrisie est légendaire autant que contagieuse, parvient à me convaincre : c’est une étude scientifique qui sera le prétexte de notre départ. Le 35 Juillembre à l’aube, notre plan est au point, et personne ne soupçonnera notre faiblesse. Ce matin-là, avec la stupeur qui accompagne les moments-clés de l’histoire de l’humanité, le monde apprend que le 22 Février nous partirons, au volant de nos puissantes motocyclettes, pour étudier le goût du cassoulet en milieu désertique.

Le choix du cassoulet résulte d’un long débat, technique (forme, dimensions et solidité des boîtes), gastronomique (la paella est-elle meilleure que la garbure gasconne ?), éthique (la consommation du hareng à l’ermitage du Père de Foucault est-elle moralement mieux justifiée que celle du porc ?). Il s’en est fallu de peu que ce soient des effluves de bière et de choucroute qui baignent le Hoggar le 6 Mars à l’aube.

 

où l’on voit que nous ne sommes pas des amateurs.

 

Ayant l’un et l’autre déjà sillonné motocyclettement les riants déserts algériens, nous convenons d’un parcours qui nous est inconnu à tous les deux :

  • de Marseille à Tunis, nous utiliserons un flotteur collectif motorisé ;
  • nous entrerons en Algérie à Bidule (non inscrit sur la carte, panneaux et tampons illisibles, mémoire effacée), en passant par Tozeur et Nefta. De Tunis à Tozeur, nous laisserons s’exprimer notre instinct ;
  • de Tozeur à Tamanghasset, itérerons par Touggourt puis Hassi-Messaoud, Ohanet (la grande métropole locale), Zaouatallaz et Ideles, ceci étant la route la plus orientale.

Nous subséquons de ce parcours l’autonomie de nos puissants engins, et nous accordons sur la suivante répartition de nos chargements : Christian transportera un jerrycan postérolatéral pour l’eau de consommation courante, pseudo-équilibré par 10 litres d’essence, ce qui permettra de conserver le centre de gravité de sa splendide motocyclette voisin de son plan de symétrie ; deux jerrycans de 20 litres garniront les flancs de ma motocyclette, nous permettant de demander sans rire aux débonnaires pompistes de nous fournir octante et huit litres de liquide énergétique, aptes à nous faire parcourir 628,57 kilomètres si l’on postule une consommation maximale de 7 litres de carburant pour 100 kilomètres gaiement parcourus ; des malles et sacoches de réservoir diverses contiendront notre matériel scientifique.

Christian court alors s’enquérir au magasin de bricolage du coin (ce sont ses termes) de la présence et de l’éventuelle mise en vente d’équerres ou de choses dans le genre. Satisfait de la réponse affirmative du vendeur affecté au rayon « équerres et choses dans le genre », il propose à la caissière de service d’emporter quelques équerres et de nombreuses choses dans le genre, en lui laissant une forte somme d’argent comme preuve de sa bonne foi. Plus tard, Christian m’indiquera qu’il avait pris ce qu’il avait trouvé et qu’il avait fait avec. Il m’avouera aussi qu’il avait pris beaucoup de vis et d’écrous, car il refusait a priori d’effectuer des soudures. Bref, et comme il le dira lui-même, il ne s’est pas embêté. Le résultat, mes yeux en sont témoins, est sobre et de bon goût, quoique l’ensemble soit déporté vers l’arrière d’une distance d supérieure à d’, qui est la valeur que je m’étais promis de ne pas dépasser sur ma motocyclette. Ces deux conceptions de l’équilibrage d’une motocyclette transsaharienne se distinguent par le fait suivant : alors que sur la monture de Christian le porte-bagages est situé en arrière de l’orifice de remplissage du réservoir d’huile, il est en avant sur la mienne, et j’en suis assez fier.

Car, pour ma part, me munissant d’une main d’un poste à souder en bonne et due forme, de l’autre de fer plat de surdimension raisonnable, enfin de perceuse et de tarauds, je confectionne, en moins de temps qu’il n’en faut pour les faire, deux supports soutenant  chacun un jerrycan métallique de vingt litres (empruntés au chantier navaux de Thierry), de chaque côté d’un porte-bagages Bottelin-Dumoulin antique soit, mais d’un vermillon appétissant. L’ensemble ne pèse pas loin de douze kilos à vide, c’est dire combien je suis satisfait du résultat de mes efforts.

Un visa nous est nécessaire pour piétiner le sol algérien : nous demandons une consultation au consulat d’Algérie le plus proche, à Lyon. Après un long voyage en automobile (car pour nous la motocyclette hivernale ne doit pas se déplacer vers le Nord sans motif sérieux), nous devons courir vingt longues minutes (pendant lesquelles Christian tente de me convaincre que cinq auraient dû suffire s'il ne s'était pas trompé en lisant le plan de Lyon) pour aller du parking, qu’il a choisi avec assurance, au consulat. Ce sera mon seul entraînement physique avant le grand saut.

C’est administrativement réglé et de quelques jours plus vieux que Christian m’apprend, à moi qui suis dans la même situation, qu’après consultation méticuleuse et rectificatrice de la carte Michelin 153, il lui paraît évident que 450 kilomètres d’autonomie suffiront, soit à dire 54 litres d’essence, que nous répartirons entre les 30 + 18 de nos deux réservoirs manifestement d’inégale contenance, et le jerrycan de 10 litres que Christian transportera.

Malheureusement pour moi, la magnifique construction à laquelle j’ai consacré tant d’efforts et si peu de temps se trouve donc sans raison de vivre : il est inutile de transporter les deux jerrycans dans le seul dessein de promener une inutile essence dans un désert regorgeant de stations-service se livrant une concurrence féroce. Je subsèque la construction suivante : décapitant les jerrycans, puis les munissant, entre la tête et le corps, de charnière et de système de fermeture, je les transforme prestement en malles métalliques du plus bel effet, avec couvercle articulé verrouillable. Puis, la nécessité de les détacher de leur support s’évanouissant dans le même temps que leur qualité de réservoir, je les arrime aux équerres par vissage sur taraudage, transformant mon Bottelin-Dumoulin naguère quelconque en une magnifique structure quasiment indestructible, prenant appui par deux jambes de force sur les supports de repose-pied, délicatement posée sur la boucle arrière du cadre par l’intermédiaire d’un berceau semi-dodécagonoïdal en fer plat soudé à l’arc et à la flèche, et vigoureusement maintenue en place par une boulonnerie en acier colloïdal surdimensionnée. Est-il besoin de rappeler qu’une savante étude d’équilibrage des masses permet à cette merveille d’être située en avant de l’orifice de remplissage d’huile ?

Bien sûr, au moment où la meule en diamant de Norvège arracha les premiers fragments de métal, rendant les jerrycans définitivement impropres à remplir leur fonction de réservoir de combustible liquide, un sentiment de culpabilité s’empara de moi, corps et âme, à la pensée de Thierry, du chantier navaux, qui n’aurait jamais imaginé que je pusse ainsi traiter un matériel auquel il s’était peu à peu attaché. Mais ce sentiment se dissipa brutalement et céda la place à une joie intense quand, la meule ayant fait son œuvre ainsi que le tour du premier jerrycan, celui-ci ainsi ouvert et baigné intérieurement de la lumière solaire révéla à mes yeux interlopés une épaisse couche d’oxyde de capharnaüm qui tapissait l’intérieur du récipient et qui, si je m’étais avisé de lui confier le précieux carburant, l’aurait illico transformé en un mélange infâme totalement impropre à assurer la propulsion d’une motocyclette, tellement il aurait colmaté filtres, gicleurs, et peut-être même l’atmosphère.

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